Mon voisin, par exemple, est un sportif. Je le sais car il porte en permanence un survêtement, c'est bien un signe non ? Avouez que ce serait stupide de porter un survêtement si ce n'est pas pour faire du sport. :-/
Moi, par exemple, qui ne suis pas danseuse étoile et bien je ne sors jamais en tutu et en ballerines.
Vous pourriez m'objecter, si vous le connaissiez, qu'il prend sa voiture pour parcourir les quelques 500 mètres qui séparent nos domiciles de l'école de nos enfants lorsqu'il va les chercher et vous auriez sans doute raison, ce à quoi je répondrais "Oui d'accord, mais il y va en survêtement". Moi qui suis non sportif, j'y vais à pied certes, mais en tenue de ville, ce qui prouve bien ma méconnaissance la plus totale des pré requis nécessaires à la pratique du moindre effort physique. C'est, comme tous les sportifs je présume, un éminent spécialiste du foot. Entendez par là qu'il connait les noms des joueurs et qu'il est capable de donner son avis le plus éclairé sur les stratégies des équipes les plus en vue même s'il doit pour cela être souvent en désaccord avec les entraineurs eux-mêmes, ce qui ne l'effraie pas outre mesure puisque faisant partie de la race de ceux, trop rares, qui disent ce qu'ils pensent, et bien, il dit ce qu'il pense. Je dois néanmoins admettre que je le suspecte parfois d'en dire beaucoup plus que ce qu'il pense effectivement. :)
Mon voisin, donc, s'est mis en tête un jour de m'emmener voir un match de foot persuadé qu'il était, je suppose, de pouvoir me convertir à sa religion: celle des gens qui aiment les gens qui sont sales et qui sentent la sueur. Ayant à peu près en tête les proportions d'un stade, je m'inquiétais de la visibilité que nous aurions. Ce n'est pas tant l'envie de suivre le match, dont je n'avais strictement rien à battre, que la peur de me faire mortellement chier dans le cas ou l'on ne distinguerait rien, qui motivait ma demande.
Réponse de l'intéressé: "On voit super bien"
"Tu es sûr" insistais-je ?
"Certain" rétorquait-il.

Nous partîmes donc. Et nous arrivâmes au stade. Et je dus me rendre à l'évidence : de nos places on voyait vachement bien .....................le stade. Le terrain, moins. Les joueurs presque pas et le ballon je l'ai cherché une heure et demie. 8-O
Je me disais alors qu'on devait être très mal placés, situés dans une partie du stade ou les places n'étaient probablement pas chères voire données, ce qui expliquait le fait que mon voisin avait pu se les faire offrir: Il était alors plus que probable que soyons entourés d'ouvriers voire de chômeurs. Je réprimais difficilement un haut le cœur avant d'aviser sur les sièges juste devant le mien deux personnes qui semblaient être des experts, à en juger par les commentaires pointus et sans concessions dont ils nous gratifiaient à voix très très haute sans même que l'on en ait formulé la demande, ce qui dénote d'un altruisme qu'on ne rencontre plus guère de nos jours. Je respirais, nous étions surement dans une partie du stade réservée aux connaisseurs et les deux individus étaient très probablement des sommités internationales dans la petite sphère des spécialistes du ballon rond qui roule quand on tape dedans avec le pied. Je vous livre quelques-unes des critiques acerbes que j'ai pu entendre et que vous pourrez utiliser avantageusement dans les cocktails un peu huppés afin de ne point avoir l'air inculte lorsque la discussion arrive sur le terrain du football:
Phrases à prononcer avec le ton du garagiste expliquant au client que, bien sûr une culasse ça coute la peau des couilles, c'est-à-dire avec autorité, fermeté mais en laissant poindre une légère touche de condescendance:
- "Il a de la chance que je sois pas entraineur, il jouerait pas souvent ce con là".
- "Ah ben quand on a les pieds carrés, on fait pas du foot"
- "Ca gagne des millions et c'est pas foutu de mettre un ballon dans un filet", à réserver aux interlocuteurs un tant soit peu pointus en finance internationale comme les boulangères ou les coiffeurs.

Mon coiffeur est aussi d'ailleurs un spécialiste des sports en général et du foot en particulier mais il n'a aucun mérite, à force de discuter du matin au soir avec des sélectionneurs potentiels de l'équipe de France, ce serait extraordinaire de ne point acquérir quelques compétences dans ce domaine. A noter qu'il est aussi spécialiste de la météo, tant internationale que locale, car comme il le me le faisait judicieusement remarquer l'autre jour : "fais pas chaud en ce moment, c'est étonnant pour un printemps". :-/
J'ai ainsi eu l'insigne honneur de me faire couper les cheveux à coté d'un membre de l'équipe technique d'un très grand club italien, bien que je n'ai pas réussi à saisir exactement quelle pouvait être sa fonction exacte au sein du club.
Je l'avais reconnu grâce à la lumineuse interprétation des difficultés du dit club qui traversait semble-t-il une période sombre. Ce devait être un collègue des deux spectateurs sus-cités à en juger par la remarquable similitude de l'analyse.
J'étais d'ailleurs étonné de constater à quel point l'accent italien ressemble à l'accent que peuvent avoir certains paysans de ma région. 8-O

Mais revenons au match.
Après 3/4 d'heure passés à regarder des petits points bleus courir après des petits points rouges ou peut-être était-ce l'inverse, nous eûmes droit à une pause. Pas tant pour que les joueurs se reposent puisqu'au dire de nos deux spécialistes "ils doivent pas être fatigués ces grosses feignasses" que pour désaltérer les spectateurs tant il est vrai que le commentaire sportif, ça assèche les muqueuses. D'autant que certains passent le plus clair de leur temps à hurler, le plus souvent des indications de jeu ou des messages personnels à l'intention de l'arbitre, voire très personnels pour certains.
On peut noter qu'une majorité de ces supporters sont vêtus de façon à ressembler aux joueurs qui sont sur le terrain, peut-être dans l'espoir d'être appelé en renfort par l'entraineur en cas de situation désespérée ce qui reste peu probable puisqu'au dire des mêmes supporters "c'est vraiment une grosse merde cet entraineur".


Tout ceci me laisse pantois. Lorsqu'on fait le compte de tous les talents disponibles que l'on rencontre dans les stades de notre beau pays, entraineurs, analystes sportifs, gestionnaires voire joueurs potentiels, on se demande comment il est possible que l'équipe de France ne soit pas championne du monde plus souvent.... :-/

A moins que tous ces gens n'appartiennent à la vaste famille des peigne-zizis qui ont un avis sur tout bien qu'ils n'y connaissent absolument rien, mais avouez que c'est peu probable.
:)